L’inséparation technologico-médiatique

La séparation est coupure entre X et Y, de façon paradigmatique.

L’inséparation est le fait de ne pas être coupé, mais d’être relié… Et voilà le mot princeps de notre contemporanéité : to be connected !

On dit ainsi communément, être-relié, être-connecté…. Ce qui suppose constatativement d’avoir été dé-lié, dé-connecté (voire de ne l’avoir jamais été, en tout cas à ces phénomènes là extériorisés), et projectivement ensuite, d’opérer une conjonction pour faire lien. Pour faire l’Un ?

Existentiellement.

De fait, la séparation est atroce!

Dans tous les vecteurs/directions possibles, c’est l’Insupportable ce vide, ce non lien, d’où cette demande de remplissage constant.

Il renvoie, au fond, à notre in-naissance et à notre finité mortelle, solitaire indéfinie. Invivable véritablement et il faut y remédier, depuis toujours.

Historicité.

• Autrefois, un lien immédiat nous liait à l’extériorité, à l’autre, les autres/Autres. Mais ce lien presque géologique, fût coupé par l’histoire. De fait, les liens phatiques et de promiscuité se sont dissous, de par une multitude de paramètres, dont le développement industriel et technologique (objet de reliance majeur actuel).

La séparation est devenue une situation factuelle et incontournable.

Ainsi, des changements, des substitutions se sont faites, il y a passage d’artefacts mammifériques  – parents/voisins/village/région/patrie – à d’autres plus diffus immatériels/abstraits/universels.

• Aujourd’hui, le lien est médiat et il nous relie à une incommensurabilité à l’échelle de la planète, sous les auspices de discours protéiformes et multivoques qui constituent une sorte de bruissement du monde, vers un conscient collectif.

Ça bruisse de partout, à saturation, à foison, et le contemporain est ainsi dans une sorte de participation mystique de la diversité unique de notre monde.

Constat.

Les formes du lien sont bien sûr totalement différentes entre ces deux historicités, mais le concept d’inséparabilité semble être bien immuable. Pourquoi ?

Etre toujours relié, c’est être comme dans une communauté de saints, être-avec-l’autre et qui plus est aujourd’hui, avec la vastité même. Le moi goutte d’eau est dans le fleuve/océan d’un ensemble qui constitue une transcendance autoportée, spéculaire.

Cette transcendance, ce dépassement d’une étrication moïque, permet d’asseoir un champ perspectiviste qui déborne/déborde le sujet contemporain et lui offre un point de fuite, un dépassement de son inaugurale naissance.

Un double « bricolage » se construit, celui du « moi  propre » du sujet contemporain et celui du moi social interactionnel. Les deux se renforçant mutuellement.

Le sujet s’immisce/se fond dans une sorte de « ça », il tire de l’absolu de l’instant un sistere (être-là) dans le mouvement de l’ek extérieur de l’existence et du co-exister. Le co-exister dans le « partage » permet d’exister et donc d’extérioriser une sistance (se poser/se placer) toujours en devenir.

Ainsi donc, historiquement, les formes ont changées mais la trame est invariante : « je » me nourris du monde, de ses exhalaisons, dont l’horizon est aujourd’hui mondial et non plus seulement vernaculaire/autochtonique/tribal/clanique. Fini le village, voici le monde…

Ce monde offert (démultiplication des champs possibles, cette « alter-urgie ») est le lieu de la constitution d’un moi-récepteur dont la finalité comportementale est de butiner et le bénéfice, le coloriage de soi.  C’est une imprégnation dont les bénéfices sont personnels et trans-personnels, facteur de liens virtuels.

Les formes actuelles de cette participation/constitution de « soi » tiennent d’une offre globale spectaculaire, ouverte, dans laquelle le « sujet » va puiser/consommer en fonction de ses desiderata factuels mais en faisant siens, et les introjectant ces « contenus/messages » de façon d’abord anthropophagique (ingestion de matières) et cannibalique ensuite (sens/contenus/valeurs). C’est une habitation en somme : vivre dans et à travers eux en une sorte de dialectique sans fin.

Concrètement, le « sujet contemporain » va importer, podcaster dans sa matrice (techno-physique) lieu de constitution d’une forme inachevée et inachevable, en une précipitation offerte à l’a/A/utre.

Primat de l’ouïe et du scopique, donc de 2 sens de la distance et donc de l’abstraction/transcendance par opposition aux sens phatiques. Il s’agit donc d’un phatique abstrait et donc d’un participatif second (opposition à la gustation, tactilité, et à l’odorat) qui s’opère.

Primat aussi du texte/o de la trace par opposition à la parole « vivante » et dialogique (Bakhtine), localisée et topologisée de l’ici et maintenant, en un face to face.

Etre, ainsi, relié dans le lieu de la coupure de l’intrinsèque néoténie (manque à être en soi et posture en regard de l’a/A/utre).

Ainsi, le participatif est premier : le monde technologique/numérique constitue un moyen par lequel le vivier de contenus possibles (divers des Ailleurs) va pouvoir intégrer le « sujet » et lui permettre de se positionner devant l’autre.

Ces contenus premiers jouent un rôle (fonction) atmosphérique, vitaliste, respiratoire, de construction d’une apparence dans laquelle le sujet est réceptacle : création d’un individu (atome)  à travers les divisions (coupures) informatives, messagesques, interactionnelles d’un monde Un et Indéterminé/mouvant.

Le ciel est vide, of course. Pas d’Etre Parménidien à l’horizon.

La transcendance multiséculaire s’est évanouie, elle est remplacée par une transcendance instantanéiste, flux de données Héraclitéennes qui s‘écoulent et investissent le « sujet » et le constituent.

Dépassement de soi via ces contenus qui font vivre et exister. Processus mondial et démo- équivalent, dans un égalitarisme de base qui est une sorte de méga-métonymie dans laquelle la partie est le tout en même temps.

Le clivage traditionnel occidental du sujet et de l’objet pourrait être désuet au profit d’un paysage médiologique, effraction intégrée, et ainsi devenir intégration intégrale.

La figure est de se fondre dans le paysage (chine) être-dedans, dans lequel le « sujet » est une sorte de distinction réfléchissante possible.

Conclusivement, un savoir-faire/dire épigénétique nous accueille à travers les discours sans fin du bruissement du monde : le il-y-a est celui des media, entre un sujet en construction inachevé et l’objet-monde interprété.

Résultante : le jeu des apparences des phénomènes dans l’Absence des substances.

Publié par parresia75

Psychanalyste et sémiologue, le monde des signes et leurs connotations me passionne. C'est une sorte de tentative de dévoilement du Réel débarrassé de ses doubles.

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